Sur les routes d’Algérie,
Sur les routes d’Algérie,
Algérie, jeune pays blessé
Tes montagnes, brûlées par le soleil et l’oubli,
Tes plaines infinies, jadis dorées de blé,
Se taisent, épuisées,
Tandis que la mer, en face,
Se lasse d’attendre un rivage apaisé.
Ta terre, qui portait l’abondance en ses mains,
Ne murmure plus les chants des moissons ;
Les sillons s’endorment,
Le vent retient ses plaintes,
Et l’espoir se fait rare, comme un fruit hors de saison.
On a conquis l’indépendance,
Mais la liberté, elle, reste en exil ou se réfugie en France ;
Car les chaînes ont changé de nom,
Elles brillent, neuves, cruelles,
Et les promesses, légères,
Se sont envolées avant l’aube.
La peur a élu domicile :
Dans les yeux baissés,
Dans les silences trop longs,
Dans les mots qu’on étouffe
Avant même de les écrire.
On parle de la guerre qu’on commémore,
On tait celle qu’on oublie,
On efface les racines
Pour réécrire l’histoire
À coups de décrets et de mensonges.
Pourtant, les femmes se lèvent,
Droites, ardentes, vivantes,
Mais on leur tend des fers
Sous le poids des coutumes,
Et des lois séculaires.
La presse aussi se voile,
Les rires s’éteignent,
La musique hésite, se cache,
Et le théâtre du quotidien
Se joue à huis clos.
Ton peuple, lui, résiste :
Fier, debout, hospitalier,
Même trahi par ses guides,
Même écrasé sous les bottes,
Il garde au fond des yeux
L’éclat d’un feu qui ne s’éteint pas.
L’islam, dans sa douceur,
Pourrait être un chemin de lumière ;
Mais quand il se fait prison,
Il étouffe ce qu’il devrait porter.
Algérie, avec ta mémoire en lambeaux,
Tes racines profondes comme les oliviers,
Et tes rêves en suspens,
Tu te cherches,
Comme un livre aux pages scellées,
Attendant qu’une main tremblante
Ose enfin les ouvrir.
Un jour, tes enfants briseront les entraves,
Et tes filles, et tes fils, libres, porteront la flamme,
Alors tes nuits, pleines d’étoiles nouvelles,
Rendront la lumière à tes matins futurs.